Nuire avec ce que l'on a de meilleur.
Il arrive que nos forces nous poussent tellement en avant que nous ne pouvons 
plus supporter nos faiblesses et que nous périssons par elles : il nous arrive bien 
aussi de prévoir ce résultat, et pourtant nous ne voulons pas qu'il en soit 
autrement. Alors nous nous faisons durs à l'égard de ce qui devrait être ménagé 
en nous, et notre grandeur est aussi notre barbarie. Une telle catastrophe que 
nous finissons par payer de notre vie est un exemple de l'influence générale 
qu'exercent les grands hommes sur les autres et sur leur époque : - justement 
avec ce qu'ils ont de meilleur, avec ce qu'eux seuls savent faire, ils ruinent 
beaucoup d'êtres faibles, incertains, qui sont encore dans le devenir et le vouloir 
- et c'est par cela qu'ils sont nuisibles. Le cas peut même se présenter où, somme 
toute, ils ne font que nuire, puisque ce qu'ils ont de meilleur n'est absorbé, en 
quelque sorte dégusté, que par ceux qui y perdent leur raison et leur ambition, 
comme sous l'influence d'une boisson forte : ils sont mis dans un tel état 
d'ivresse que leurs membres se briseront sur tous les faux chemins où les 
conduira leur ivresse.
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